Atelier Tragedy Reloaded 1

Atelier de formation

Cet atelier a été mené par MAYA BÖSCH (metteure en scène et fondatrice de la cie sturmfrei) et TIMO KIREZ (auteur et dramaturge cie sturmfrei), accompagnés par ADINA SCRETAN (étudiante en Master – Mise en scène), ELISA DUSAPIN et LEILA PELLET (étudiantes de 2e et 3e année à l’Institut littéraire suisse).

Le travail a porté principalement sur la recherche d’une interprétation stylisée et épurée de textes de Heiner Müller : « Texte Electre », « Ajax par exemple », « Hamlet Machine », essentiellement des réécritures des tragédies antique et shakespearienne.

Les étudiants ont pu explorer les relations, contradictions, dissociations possibles entre le corps et le texte.

Ils ont travaillé dans un espace restreint, une ligne qui traverse la salle, une ligne symbolique qui représente différentes temporalités, histoires, et ouvre à de multiples associations entre acteurs et spectateurs. Puis dans un cycle de répétition (l’éternel retour), se pose la question : qu’est-ce que l’Histoire ?

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Une ligne immaculée se prélasse devant nos pieds. Apparaît un tas de cadavres. La lumière est trop faible pour qu’on puisse les distinguer. Avançons un peu. Ici, Clytemnestre recroquevillée devant Oreste. Là-bas,  Niobé qui gémit devant Apollon et Artémis. Plus loin encore, Tantale supplicié… Soudain Hamlet (ce n’est peut-être pas lui) se colle contre notre dos pour cracher sur  le drame humain. Sur cette ligne. Car inexorablement elle s’étire, elle rampe vers nous et voilà que déjà nous la franchissons, voilà que déjà nous la salissons, englués sur cette ligne.

Mais où sont les cadavres ?

Silence, nous chuchote Electre. Le ballet des morts va bientôt recommencer.

         Elisa Dusapin

Un jardin/cycle infini de la chute

PELOPS : un esprit qui erre sur l’Europe/apparition et disparition/son corps obstrue celui de son père/l’épaule mangée devient l’épaule blanche d’ivoire/un néon au dessus de son crâne

DEMETER : effleure le corps de Pélops/elle mange son épaule/est-ce qu’elle crie, est-ce qu’elle/Démeter inscrit son nom dans l’espace pour qu’on n’oublie pas/sa fille danse sur son dos et y crache des pépins de grenade

MENELAS : la guerre sera sourde/lourds godillots de l’homme/qui doit sentir ce qu’il n’a pas voulu voir et chavire dans la tempête/lenteur de l’homme qui ferait mieux de ne jamais arriver

ORESTRE : laissez au matricide l’homme pour juge/instaurez-lui une démocratie/alors que le drame a pris les dimensions de l’absurde

domino des corps

érections de voix pathétiques

où sont passés les vrais mourants?

où a-t-on placé les tombes inconnues?

Leïla Pellet