Manuel d'Exil

NOTE D’INTENTION
Juin 2018 Maya Bösch

J’ai lu « Manuel d’exil » dans le train Genève-Strasbourg. À ce moment-là̀, j’ignorais encore que l’auteur vivait à Strasbourg. Quelques jours plus tard, à Paris, je l’ai contacté pour un rendez-vous. Il m’a répondu de Strasbourg, j’ai aussitôt repris le train. Un mois s’est écoulé entre ma première lecture de son texte et notre rencontre.

Quelque chose s’est passée entre son écriture et mon travail, entre le « ici » et « l’étranger », entre son point de vue, son humour et le mien. Et finalement, entre nos langues et nos différences.

« I have BAC plus five, I am a writer, novelist…
- Aucune importance mon petit, répond la dame. Ici tu commences une nouvelle vie… » 

Été 92. Velibor Colic débarque à Rennes. Il a vingt-huit ans et possède que trois mots de français : Jean, Paul et Sartre. Dans son sac de sport élimé, un stylo, un manuscrit, des deutsche marks, quelques habits et une brosse à dents. Déserteur de l’armée bosniaque, c’est un soldat qui a vu la mort mais ne l’a jamais donnée préférant tirer en l’air plutôt que sur ses ennemis. A Rennes, on l’installe dans un foyer pour demandeurs d’asile. Une vie spartiate où se conjuguent ennui, promiscuité, consommation excessive d’alcool et cours de français. Après Rennes, ce sera Paris, puis Strasbourg. Ses papiers enfin en règle, il « profite » de l’intérêt que suscite la crise dans les Balkans pour publier son premier texte « Les bosniaques », succession de témoignages sur l’horreur des nettoyages ethniques de la guerre qui déchire l’ex-Yougoslavie. Le début d’une carrière d’écrivain chaotique qui ne changera finalement pas grand-chose à sa condition de refugié́.

Velibor Colic écrit en français sans passer par sa langue maternelle. « Manuel d’exil » est son dixième roman publié en 2016 chez Gallimard.

 

COLIC ET CHÂTELAIN : CHÂTELAIN VERSUS COLIC

Deux hommes de corpulence impressionnante mais différentes. Des guerriers de mots et de poésie, des enfants terribles, des faiseurs de troubles, voici ce qu’ils sont. Mais ce qui les rassemblent, aussi et surtout, c’est leur rapport à la langue française, à ce corps étrange, à tailler, soigner, craquer, soulever, brutaliser, faire exploser. Penser la langue française afin de la devenir. Être langue, mot, ponctuation, résonance, écriture et son. D’abord, Velibor qui adopte la langue française pour en faire son nouveau refuge, son pays, ensuite, Jean-Quentin qui disparait dans cette chair de langue et de mot pour créer de l’écoute.