JOCASTE

Je m’appelle Jocaste. Regarde-moi. Ni reine, ni veuve, ni épouse, ni mère.

Mise à nue de Jocaste. La voix de la mère d’Œdipe s’élève et parle.
Première création suisse, la pièce Jocaste de Michèle Fabien est donnée pour la première fois en Suisse grâce à Marc Liebens qui fait découvrir l’écriture de Michèle Fabien à Maya Bösch. Jocaste est la reine de Thèbes, épouse d’Œdipe, étranger monté sur le trône après avoir vaincu le Sphinx et sauvé la ville du monstre. Après dix-sept ans passés auprès de son bien aimé, elle découvre que ce dernier, le père de ses quatre enfants, n’est autre que son propre fils. L’oracle disait vrai, Jocaste se pend. Œdipe se crève les yeux et la peste s’abat sur Thèbes. Dans cette pièce, le mythe d’Œdipe se lit dans les yeux de la mère, Jocaste, qui trempe dans les eaux de l’enfer et hurle l’horreur de sa condition. Certains passages se situent avant le verdict de l’oracle, lorsque Jocaste “ne savait pas”, lorsque son amour envers Œdipe pouvait encore se muer en désir brûlant pour l’homme, non pour le fils. Ses souvenirs se mélangent, son cri de femme résonne avant d’être étouffé par la honte d’une mère anéantie, qui commet l’irréparable et permet au destin de s’accomplir.

Dans un minuscule lieu à Genève qui s’appelle le T50, Maya Bösch vide l’espace et ouvre les portes pour laisser entrer le bruit du monde. Des matelas par terre qui servent aux spectateurs de s’asseoir ou de s’allonger à côté, ou de loin, de Jocaste. Une seule source lumineuse, un tri-néon, éclaire l’effroi qui se produit devant nous.