DRAMES DE PRINCESSES

En 2000, alors que le parti d’extrême-droite de Jörg Haider (FPÖ) entre au gouvernement en Autriche, Elfriede Jelinek écrit les Drames de Princesses, une variation en cinq tableaux autour du thème La Jeune fille et la Mort. En donnant la parole à des femmes de légende, princesses des contes de notre enfance, comme Blanche-Neige ou La Belle au Bois Dormant, ou encore à des figures de nos mythologies contemporaines, comme Jackie Kennedy, Rosamunde ou Ingeborg Bachman, l’auteure dénonce avec un humour provocateur l’antagonisme entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui le subissent.

En cinq variations sur le thème de La Jeune Fille et la Mort, le prix Nobel de littérature Elfriede Jelinek fait la peau aux contes de fées et aux fantasmes qu’ils colportent sur les femmes. Blanche-Neige, la Belle au Bois Dormant, Rosamunde reine de Chypre, Ingeborg Bachmann et Sylvia Plath se dévoilent dans leur fragilité et leurs paradoxes sous la plume jubilatoire de l’auteure autrichienne.

Parmi elles, Jackie Kennedy. C’est cette partition que Maya Bösch fait entendre avec cette création – première création suisse – , comme symbole de ces destins sacrifiés aux stéréotypes féminins, au paraître, à la mode, à l’homme, au pouvoir et à l’Histoire. Sur le plateau, un corps à corps performatif entre plusieurs comédiennes et une chanteuse et un texte hautement transgressive qui est recomposé en trois langues (italien, allemand, français) à l’occasion de sa tournée à Bellinzona. Une tentative de donner des airs de deuils et de révolte.

Qui est Jackie ?
Le « drame » de Jackie vient du silence et du noir dans lesquels elle est plongée : on a toujours parlé à sa place et elle n’a aucune chance de se libérer des photographes, ce monde des paparazzis qui est entré dans son intimité et lui a volé sa parole. Jelinek banalise cette grande figure politique, qui se raconte ici de manière très émotionnelle : on pourra peut-être entendre la parole des femmes ou, à travers leur parole, leur silence éternel.

Mise en scène
Le travail de mise en scène s’approche d’une composition musicale faite de voix et de chant, mais aussi de sons, bruits, éructations provenant du corps féminin. Une volonté de faire référence à une voix minoritaire habitée par la violence des mots et un désir de renouveau. Une façon aussi d’ouvrir la voie à d’autres perspectives de sens. Entre immobilité et mouvements excessifs, le jeu mènera les actrices au bord des crises, de larmes, de rire… et tendra un miroir au spectateur. Apparaît alors l’absurdité de notre époque.

Ce spectacle a un DVD a disposition