DEFICIT DE LARMES

Maya Bösch, les comédiens et l’équipe artistique se rencontrent pendant deux semaines de recherche au GRÜ/Transthéâtre Genève pour continuer le projet lancé en mars 2009. Textes, livres et musiques accompagnent chaque jour toute l’équipe dans cette exploration artistique. Pour débuter chaque séance, nous nous imprégnons de l’ambiance de la série culte de David Lynch Twin Peaks et de sa manière de créer le scénario.

Les deux premiers jours, Maya Bösch dirige les comédiens dans un travail en mouvement dans l’espace d’une white box. Il n’y a pas encore de textes à l’appui. Seuls les mouvements et les corps des comédiens sont mis en avant pour créer un espace vivant et des désirs au-delà des langages.

Puis, peu à peu, les textes de Sofie Kokaj, auteure invitée, et d’auteurs, Antonin Artaud, Elfriede Jelinek, Roland Barthes ou encore Pier Paolo Pasolini sont intégrés au processus comme matières, paroles et corps. Chaque jour, des paysages différents se créent dans l’espace. L’équipe développe en temps réel des tableaux, mouvements, chorégraphies, scénarios en devenir de quelque chose. Des formes naissent et un espace de langage commun s’ouvre pour créer ensemble.

Après avoir installé la scénographie – une bâche noir géante contenant plus de 40’000 litres d’eau – le processus de création déborde les murs et s’installe aussi dans les couloirs, les escalier et le foyer. De cette abondance, naît Déficit de Larmes.

-       Il y a aujourd’hui un déficit de larmes.

-       Surtout au théâtre.

-       Oui. Plus personne ne pleure, au théâtre.

-       Pas plus dans la salle que sur la scène.

-       Aurions-nous épuisé toutes nos larmes  ?

-       Toutes les occasions de pleurer ?

-       Jusqu’aux raisons de pleurer ?

-       Oui. C’est la saison sèche.

-       La saison du chagrin absolu.

-       Un chagrin qui se passe de larmes.

-       Qui passe outre aux larmes.

-       Qui naît au-delà des larmes.

-       Un chagrin tellement grand…

-       … que pleurer le diminuerait.

-       L’amoindrirait.

-       Le décrierait.

-       La vraie douleur, quoi.

-       Oui. Jusque-là, nous n’avions que de tout petits chagrins.

-       Des chagrins de rien du tout.

-       Pas la peine d’en parler.

-       A peine de quoi verser quelques larmes.

-       Aujourd’hui, nous sommes au-delà des larmes.

-       Nous souffrons d’une douleur sans fin.

-        Sans trêve, sans repos, sans relâche.

-       Oui. Nous connaissons une douleur qui ne connaît pas de fin.

-       Une douleur sans deuil ?

-       Une douleur qui ne permettrait pas que nous fissions le deuil de ce dont elle est douleur.

-       Une douleur qui ferait tarir les larmes.

-       Et jusqu’aux plaintes qui lui donneraient voix.

-       Oui. Une douleur sans larmes, sans plaintes, sans voix.

-       Une douleur… comment dire ?

-       Une douleur sans théâtre.

-       C’est ça. Une douleur sans tout ce théâtre des larmes, des plaintes, des cris.

Chœur de récitants - Genève, 20.VI.09, Bernard Schlurick

Ce spectacle a un DVD a disposition