CRAVE (MANQUE)

[kRev]: un poème pour dire le chaos du monde

Première création suisse et première création de Maya Bösch avec la compagnie sturmfrei  à Genève. Manque de Sarah Kane. Auteur britannique, plume violente, âme perturbée. Sarah Kane prend sa vie à 28 ans, l’âge de Maya à l’époque quand elle met en scène ce jeune texte troublant intitulé Manque. Chant d’amour et de mémoires : invention d’une langue à la frontière de la poésie incantatoire, de la chorégraphie, de la musique et des arts plastiques. Tout concourt à dessiner la circulation de la parole dans l’espace en chorégraphies multiples, ici, les acteurs deviennent des porteurs de voix dans une gestuelle et une présence des plus contenues. Les mots sont des scalpels qui mettent à jour les pensées, le chaos intime des sentiments ou encore la beauté et l’effroi que suscite un amour impossible à communiquer : on songe à un coeur gorgé de sang noir qui s’étouffe d’un trop-plein de vie, d’amour et de dégoût (N.Blondeau, Libération).

Sarah Kane à propos de Manque / Entretien avec Johann Thielemans. 1998
… J’étais vraiment à la recherche d’une nouvelle forme. Je voulais découvrir comment un poème pouvait quand même être théâtral. C’est vraiment une expérience sur la forme, sur la langue, sur le rythme, sur la musique. (…) Normalement, lorsque j’écris, je sais quelles sont l’intention, le sens de la réplique. Avec Manque, je savais ce qu’était le rythme, mais je ne savais pas ce que j’allais dire. A deux ou trois reprises, j’ai utilisé des notations musicales, le rythme, simplement, sans mots véritables. Avec Manque les fils de la narration ne sont pas chronologiques, j’entends les gens dire les choses les plus bizarres dans des situations étranges. Pour moi, c’est simplement que je m’immerge dans l’écriture. Et ce n’est pas important si j’ai écrit ça alors que je vivais en Amérique et que personne ne comprenait mon accent, que je perdais complètement ma façon de parler, et je n’avais presque pas de raison de parler puisque  personne de me comprenait.